Frenchies in a New World - Hors-série 3 : Saint Damien se lâche

Hors série 3 : Saint Damien se lâche !


       J’augmente le son pour que mes écouteurs couvrent le bruit des réacteurs. L’avion a décollé il y a déjà trois heures de cela, et il nous reste encore deux bonnes heures avant que l’on se pose à Los Angeles. Le Ministère de l’Education Nationale a accepté que je passe mes concours dans un lycée français à l’étranger – un centre d’examen improvisé, pourrait-on dire. Mais surtout un centre d’examen que l’administration a pris un malin plaisir à placer sur la côte ouest, en sachant pertinemment que je vis sur la côte est. On me l’aurait annoncé en début d’année, j’aurais passé mon temps à essayer d’accumuler un peu d’argent pour me payer le billet d’avion hors de prix qui doit me conduire vers mon avenir. Mais n’ayant été prévenu que quelques semaines avant le jour J, j’ai béni les salaires versés par Thomas, qui paie beaucoup trop cher les quelques malheureux cours d’anglais que je lui donne – et qu’il continue de vouloir rémunérer alors que je sors avec son meilleur ami, et qu’en prime il parvient désormais à s’exprimer de manière tout à fait fluide et correcte dans la langue de Shakespeare. Les rencontres de cette année ont vraiment donné une tournure tout à fait inattendue à mon existence.


    Je soupire et me replonge dans mes lectures. J’essaie de me concentrer de mon mieux, mais je sais qu’il me regarde. Damien ne me lâche pas des yeux, et encore plus depuis que je l’ai mis à la diète, le pauvre. Il a accepté parce qu’il sait que c’était l’une de mes craintes, qu’en me mettant en couple avec lui, je ne réussisse pas à construire la vie que j’ai toujours rêvé d’avoir ; alors il a acquiescé quand il a compris que j’allais passer plus de temps à réviser qu’à m’occuper de son corps magnifique, pendant une ou deux semaines seulement, le temps de terminer les épreuves écrites. En dépit des cours particuliers que j’ai déjà pu prendre grâce à lui, je lui demande encore un petit sacrifice. Au début, il est resté stoïque, comme si ça ne lui faisait rien ; Thomas s’est moqué de lui en le traitant de moine, et il s’est même donné un peu plus de mal que d’habitude pour qu’on sache à quel moment précisément il s’occupait de son fiancé, histoire de voir si on allait craquer – jusqu’à ce que je lui fasse remarquer que ça n’a rien d’une plaisanterie pour moi, et que contrairement à lui, un poste n’allait pas me tomber tout cuit dans le bec. Mais ce qu’il l’a vraiment poussé à arrêter, c’est quand il a vu la tête de mon malheureux Sweetie.


    Le pauvre, il est tellement crispé que j’ai l’impression que du sperme va lui sortir par les narines quand il éternue. Il se touche dans la salle de bain, je le sais – je trouve parfois des petites traces blanches sur la paroi de la douche, même s’il nettoie correctement après son passage. Je suis tellement désolé pour lui, j’ai mal au cœur rien de penser à la frustration que ça occasionne. Il essaie de se contenir, il m’embrasse à peine, et évidemment on se câline beaucoup moins, étant donné que chacune de nos caresses acquiert une puissance érogène démultipliée. Le soir, dans son lit, on se place même dos à dos depuis un moment, afin de ne pas avoir le coutelas raide de l’autre entre les fesses – il en meurt d’envie, et moi aussi. Je vois son corps sous ses vêtements, j’imagine ses muscles, la douceur de sa peau, ses lèvres sur les miennes, et je retourne quelques mois en arrière, quand il n’était qu’un simple fantasme en apparence inaccessible. L’espace de quelques semaines, il le redevient, et même s’il a calmé mon angoisse lorsque je lui ai fait part de ma peur de le perdre, je sens qu’il est à la fois compréhensif et contrarié.

    
    Damien est assis dans son siège. Son visage lisse ne reflète rien, ni colère, ni joie. Il m’accompagne comme un automate, parce qu’il a envie de le faire, qu’il est probablement aussi stressé que moi, et qu’il s’est transformé au fil des jours en une énorme boule de nerfs. Au moindre contact physique, tout peu dégénérer entre lui et moi – sexuellement parlant, évidemment. Il m’arrive parfois de me projeter dans l’avenir, de penser à ce qu’il se passera immédiatement après les concours, et en règle générale, je dois songer tout de suite après à la chose la plus horrible qui soit, la plus révulsante que mon esprit puisse concevoir, pour faire redescendre la barre de chair qui se rigidifie dans mon caleçon. Je veux me reconnecter à lui, je désire son être tout en entier, je suis privé de lui depuis trop longtemps, c’est comme si je mourais de l’intérieur.


    La côte ouest est relativement chaude en cette saison, alors évidemment, il a choisi de mettre un débardeur – l’un de ces ridicules bouts de tissu qui ne couvrent qu’à moitié ses pectoraux et me laisse imaginer son torse. Lui qui aime tant les chemises, il prend sans doute un malin plaisir à me torturer autant que je le torture. Il se venge, mais il se modère aussi pour ne pas rompre ma concentration. Quitte à ne pas coucher avec son copain pour cause de concours, autant qu’il les réussisse, sinon l’abstinence n’aura servi à rien. Il ne caresse le dos de ma main que pour me signaler que l’avion vient d’atterrir, quelques heures plus tard.


    Je descends sur le tarmac, le nez dans mon livre, et c’est encore une fois mon Sweetie qui s’assure que je ne me casse pas la figure et que je ne rentre pas dans les gens autour de moi ; il pose une main diligente sur ma taille, et rien que ce simple geste m’émoustille. Je vois son biceps gonflé, la veine bleutée qui ressort sous sa peau claire, et j’imagine mille et une choses. Il sourit, et je suis certain que ses yeux pétillent derrière ses verres polarisés ; il sait à quoi je pense, il espère que je cède, mais je replonge déjà le museau dans mon bouquin pendant qu’il récupère nos valises. Le voir sourire, ça m’a mis du baume au cœur. Il n’est pas si malheureux. Simplement, ça va être ma fête quand je vais sortir de la dernière épreuve, ça je peux en être certain. Après ce qu’il risque de me faire, un coup de fil à Valentin pour des conseils de resserrement rectal ne sera sûrement pas un luxe. Ou peut-être que ce sera lui qui aura besoin d’appeler le rouquin, qui sait…


    Le taxi qui nous récupère sur le parking décide de prendre les grands boulevards de Los Angeles. Depuis le temps que je rêve de visiter la côte ouest, je n’en profite même pas. Nous sommes dans la ville des stars, du cinéma et des mannequins à demi-nus sur la plage, et moi j’ai le nez sur les pattes de mouches d’un quelconque critique littéraire. Mais quel intérêt de me rincer l’œil alors que nous longeons la plage ? Ma libido est assez instable comme ça, et pour ce qui est d’un garçon au physique de rêve, même pas besoin de quitter la banquette arrière, il est juste à côté de moi, occupé à regarder par la fenêtre.


– Chaton, est-ce que tu voudras bien qu’on aille se baigner après ton concours ? L’eau a l’air bonne par ici.
 

    Je hoche la tête en donnant l’air de ne pas trop me soucier de sa question. En réalité, j’ai le cœur qui s’emballe. Je n’aime pas lui donner l’impression que je ne l’écoute pas, mais je me vois mal expliquer à l’homme que j’aime… mes petits problèmes avec le milieu aquatique, pourrait-on dire. Une douche ça va, une baignoire ça passe aussi, mais un océan, ça me tétanise ! Tellement d’eau, tellement de possibilités de se noyer. Encore. Sentir une nouvelle fois la mer qui déferle dans mes narines et dans ma bouche, pour ensuite envahir mes poumons en chassant la plus petite parcelle d’air. Me sentir partir, à nouveau. Je ne pourrais plus revivre ça, et tant pis si Damien pense juste que c’est pour l’embêter. Enfin bref, il sera largement temps de s’en préoccuper plus tard, quand les épreuves seront passées.


    L’hôtel que Sweetie a réservé est simplement magnifique. En tant normal, j’aurais pété une durite sur le prix, parce qu’il peut m’offrir un luxe que je ne peux pas lui rendre, seulement là, je ne prête même pas attention à son air mutin quand il me propose de tester le lit – en enlevant son débardeur pour « remettre du déo », évidemment. Il finit donc par me prendre mon livre et le jeter sur le matelas. Je le suis presque instinctivement, en protestant, et je me retrouve écrasé par mon mec, comprimé entre un duvet soyeux et son corps imposant. Sa chaleur se répand contre mon torse, l’odeur de sa peau m’enivre, il me regarde dans les yeux avec son air si innocent.


    Comment pourrais-je lui résister quand il me fait ses yeux de biche ? Je plaque mes lèvres contre les siennes, vaincu, et sa langue vient trouver la mienne. Je ne lui ai jamais interdit de m’embrasser, mais pour une raison assez évidente, il s’est restreint. La barre qui se dessine sous son short explicite sûrement la raison d’une telle tempérance. Mes doigts glissent sur ses muscles, pincent ses tétons et jouent déjà avec ses cheveux blonds quand je réalise qu’il essaie d’ouvrir mon pantalon. Je plaque mes deux mains sur ses pectoraux, et il me suffit d’une petite pression pour rompre le baiser. Il se relève et s’éloigne d’un pas ou deux, penaud. J’ai peur de l’avoir blessé, alors je me jette à son cou et claque un petit bisou innocent sur sa bouche.


– C’est une très belle chambre, me dit-il sur le ton de l’excuse, je pensais qu’on pourrait peut-être… Tu sais, la baptiser à notre manière. Thomas et Valentin, ils auraient déjà sali les draps, eux.
 

Je caresse les abdominaux de mon Damien. Il est vraiment magnifique, et il me fait envie. Je pourrais quasiment devenir nymphomane pour l’avoir toute la journée contre moi – pour pouvoir jouer avec chaque centimètre carré de sa magnifique anatomie. Seulement ce n’est pas le moment ! Pas tout de suite !
 

– Dans quelques jours, je te promets qu’on ne la quittera plus, cette chambre, et que tu pourras me faire tout ce que tu veux. Je serai à toi Sweetie, et tu pourras te venger de la diète que je t’impose.
– T’as pas peur de le regretter ? me lance l’intéressé avec un éclat dans le regard.
– Damien, si t’étais un pervers, ça se saurait quand même, je lui rétorque en rigolant.
– Méfie-toi, je pourrais concurrencer Thomas un de ses jours, s’exclame-t-il avec fougue.
– Mais bien sûr chéri, on y croit tous. Et Nicolas il a prévu de devenir moine depuis qu’il s’est fait larguer.
 

Mon copain me saisit soudain par la taille en rigolant, plaque son buste imposant contre mon dos et frotte tout à coup sa bosse raide entre mes fesses. Son souffle brûlant effleure mon cou et il murmure :
 

– Ce qui est sûr, c’est que c’est pas Nico qui va te mettre sa tige là où je pense, à l’instant où tu vas sortir de ce foutu concours.
 

    Telle une anguille, je glisse dans ses bras, me retourne, le laisse m’embrasser une dernière fois, de la manière la plus fougueuse qui soit, et je cours me réfugier dans les toilettes, le seul endroit où je peux réviser sans qu’il ne se promène à demi-nu devant moi. Depuis quelque temps, j’ai vraiment l’impression de sortir avec une version blonde de Thomas, et je dois avouer qu’en dépit du contexte studieux, ça n’est pas pour me déplaire. Je devrais peut-être le priver plus souvent, le beau Damien, pour qu’il soit aussi chaud que ça. Il se dévergonde davantage à chaque minute qui passe, et ma libido s’en aperçoit, tant et si bien que les manifestations physiques de mon envie deviennent très régulières. Si Sweetie les voit, il ne fait toutefois aucune remarque, et malgré ses provocations, il respecte mes études et mon besoin de concentration.
 

    Période de concours ou pas, il ne déroge néanmoins pas à sa règle première : s’assurer que je mange suffisamment pour ne plus jamais refaire de malaise. Je découvre donc les délicieux plats que nous propose l’hôtel, et malgré notre frustration commune, nous laissons nos petits cœurs en guimauve fondre dans un bon bol de chocolat chaud – et ce n’est pas une métaphore, on nous a véritablement servi des petits cœurs en guimauve pour les mettre dans notre boisson – avant de déguster une coupe de glace à la vanille. Damien s’amuse à étaler le produit en partie fondu sur ses lèvres pour m’exciter, mais il voit que ça provoque chez moi des souffrances presque physiques, alors il se contente de me prendre dans ses bras pour me ramener jusque dans notre chambre. J’ai une grosse journée demain, avec la première dissertation de sept heures, en littérature comparée. Je voudrais encore réviser un peu, mais Sweetie insiste pour que je profite d’une longue nuit de sommeil. Il m’allonge donc, me borde et se couche en laissant un espace entre nous, pour que nos corps ne se frottent pas mutuellement durant notre sommeil – la seule fois où c’est arrivé, il y a deux ou trois jours, nous nous sommes réveillé avec du sperme partout dans nos boxer, et c’est à ce moment-là que nous avons mesuré le degré physique de notre relation, bien que l’amour demeure ce qui nous unit en premier lieu.
 

    J’avais oublié à quel point les concours peuvent se montrer stressants ; ce creux dans le ventre, cette impression d’être comme une canette tordue par le froid, le cœur qui bat si vite qu’il me donne l’impression de pouvoir s’arrêter subitement, l’angoisse de s’être préparé à tous les sujets possibles et de savoir pour autant qu’on est à l’abri de rien. Le seul avantage, c’est qu’on me donne une salle isolée ; je suis sans doute le seul à vouloir passer ce concours sur tout le continent américain, alors au moins je n’ai pas la peur de me retrouver face à d’autres candidats prêts à tout pour réussir. La première épreuve se déroule bien, mais j’en sors quand même à bout de nerfs, au bout de sept heures. Mon estomac gargouille, mes petites collations occasionnelles ne sont pas suffisantes.
 

    Damien m’attrape alors que la tête me tourne, et il me prend dans ses bras pour m’emmener manger un vrai repas. Il a loué une voiture pour les quelques jours qu’on va passer à Los Angeles. A la fin de chaque obstacle quotidien, lorsque je sors épuisé – que ce soit par les dissertations à rallonge ou les épreuves d’ancien français et de stylistique – il m’attend, adossé au capot, toujours aussi sexy dans son débardeur et son short, avec ses lunettes de soleil et ses cheveux blonds qu’il a fait raccourcir avec l’approche des beaux jours. Sa nouvelle coupe le rajeunit encore davantage, et on le croirait presque aussi jeune que moi – quoique la différence n’est déjà pas très grande. Avec ce look de vacancier décontracté, on dirait un véritable californien, jusqu’à la posture ; les bras croisés, les biceps bombés mis en valeur, et ses jambes solidement campées sur le bitume. Il me récupère à bout de force, me soutient, me requinque pour le lendemain et me renvoie aux combats dès que le réveil sonne. Je sais qu’il sera là à la sortie, et cela suffit à me faire tenir le choc, à donner le meilleur de moi-même pour ne pas le forcer à revoir ça l’an prochain.
Enfin, quand s’achève l’épreuve de traduction latine, je chancelle jusqu’à lui, me jette dans ses bras, plaque mes mains sur son torse chaud et, alors que le soleil se pose sur nous pour nous illuminer, je l’embrasse. Mes lèvres restent soudées aux siennes pendant au moins dix minutes. Nos langues se redécouvrent, et mes doigts soulèvent déjà son débardeur quand il me retient.
 

– Il faut d’abord que tu manges, me souffle-t-il avec un sourire d’une douceur inégalée. Tu vas avoir besoin de toutes tes forces quand on va rentrer à l’hôtel, parce que je compte bien t’épuiser, mon chéri.
 

    Damien me laisse monter dans la voiture – une chevrolet coupé décapotable semblable à celles que l’on faisait dans les années 30 en France (comme Thomas me l’expliquera sûrement quand on va rentrer à New York) – et je réussis à le convaincre de s’arrêter pour acheter un hot dog chez un marchant ambulant, alors qu’il voulait m’emmener dans un véritable restaurant en bord de plage, se figurant sans doute que je n’en connaissais pas les prix, et qu’il pourrait ainsi faire chauffer sa carte de crédit. Sauf que c’est lui que je veux faire chauffer, et je privilégie donc un déjeuner simple et rapide, qui se termine avec une glace en pot. Après le coup de la saucisse dévorée avec appétit, mais non sans une pléiade de sous-entendus, je m’amuse à suçoter la cuillère à glace. Je vois mon copain qui se déhanche, de plus en plus mal à l’aise, non pas parce que j’ai un comportement légèrement provoquant, mais simplement parce qu’il commence à être vraiment à l’étroit dans son short, et que ça se voit. Il vire au rouge, et je me jette à son cou pour l’embrasser, sans prêter attention aux passants qui pourrait nous regarder.
 

– Il faut qu’on rentre, s’exclame Damien dans un souffle, j’en peux plus. Il faut vraiment qu’on rentre. Tout de suite.
 

    Il s’assoit derrière le volant et, durant tout le trajet du retour, je vois son érection qui le dérange. Il gare maladroitement la voiture et je l’entraîne dans les escaliers de l’hôtel. A l’instant où j’insère le pass pour entrer dans notre chambre, il m’y pousse, claque la porte et m’écrase contre le mur. Ses bras ne me laissent aucune possibilité de fuir – mais pourquoi est-ce que je voudrais le fuir, de toute manière ? Au contraire, je lui arrache presque son débardeur pendant qu’il écrase ses lèvres contre mon visage. Sa langue est plus affamée que jamais. Il me retire ma chemise et vient me dévorer le torse avec une rare avidité. Je l’ai connu affamé, mon Sweetie, mais jamais frustré, et je crois que je commence à envisager le comportement que peut avoir Thomas avec son rouquin quand il devient « sauvage ». Je m’accroche à mon beau blond, ses cheveux courts se perdent entre mes doigts et je pose ma bouche sur ses pectoraux ; il m’a trop manqué et j’ai presque perdu l’habitude d’explorer son anatomie sous toutes les coutures. Je les dévore, il crie de plaisir, râle même comme une bête en rut. Il attrape ma tête, m’embrasse derechef et me dit sur le ton le plus sérieux de la terre :
 

– Chaton, tu sais que je t’aime, je t’adore par-dessus tout, mais là, s’il-te-plait, suce-moi !
 

    Je ne me le fais pas dire deux fois. En un rien de temps, il prend ma place contre le mur ; je lui baisse son short – beaucoup trop moulant pour pouvoir continuer de cacher son joli petit cul – et je tire sur son boxer. J’aurais pu passer des heures à contempler la forme de sa tige raide, dessinée par le tissu, mais elle me manque beaucoup trop pour que je perde de précieux instants en vaine poésie sexuelle. Le désir brûle jusqu’à la plus infime parcelle de mon être. Je saisis le pieu turgescent, large, long, droit, dur, et je fourre le gland rosé dans ma bouche sans attendre. J’ai presque perdu l’habitude de ne pas l’avoir en moi ; il me distend les lèvres avec son engin, mais je me refais rapidement à sa taille et, les mains sur ses hanches, je m’enfonce avec plaisir sur sa magnifique bite. Mon nez vient toucher son pubis blond, j’admire ses pectoraux contractés par le plaisir, je prends même l’une de ses mains et l’autorise à me la mettre derrière la nuque ; il a bien mérité le droit de me demander le rythme qu’il veut. Il se lâche alors, et je me sens presque venir dans mon pantalon. Pour une fois, il pense vraiment à son plaisir ; il gémit et me fait aller de plus en plus vite sur sa queue, jusqu’à ce qu’il se contracte et me lâche plusieurs rasades de sperme épais directement dans le gosier. Son goût, son odeur, sa peau aussi douce que du lait d’amande, sa virilité de mannequin sous viagra, tout m’a manqué.
 

    Je me relève alors qu’une partie de sa sauce dégouline encore sur mon menton. J’ai avalé ce que je pouvais, je m’en suis même délecté, mais je l’ai vraiment trop frustré. Il ne débande même pas. Il est simplement essoufflé, ses pommettes tirent sur l’écarlate à cause de l’effort. Il attrape mes lèvres avec les siennes et goûte à la saveur salée de sa semence. Il me sert contre lui, mon Sweetie, et m’embrasse avec autant de fougue qu’il y a quelques minutes. Il me sourit et, doucement, je pose mes mains sur ses épaules imposantes ; ses biceps descendent le long de mon corps fin, son sourire s’élargit à mesure qu’il glisse le long de mon ventre plat. Il me pince les tétons, défait ma ceinture avec ses dents, et regarde mon pantalon qui tombe tout seul. Damien n’a pas été le seul à se priver, et il le constate au moment où, rien qu’avec ses lèvres, il baisse mon boxer et se reçoit mon érection en plein visage.
 

    L’air coquin de mon chéri ne s’efface pas tandis qu’il glisse ma grosse dragée turgescente dans sa cavité buccale. Si j’ai aimé m’occuper de son beau morceau – qui ne perd pas de volume entre ses cuisses, bien au contraire – j’adore tout autant quand il fait courir sa langue sur mon instrument, qu’il laisse ses lèvres glisser le long de mon manche et qu’il pose son nez sur mon bassin en insérant bien l’instrument de notre plaisir dans sa gorge. Il choisit une cadence assez soutenue, pour me faire venir aussi rapidement que lui, sauf qu’il s’amuse en prime à me glisser un doigt entre les fesses. Il trouve ma rondelle sans problème, et c’est à peine si elle ne s’écarte pas pour le laisser entrer, tant elle l’a désiré ces dernières temps. Je vois ses muscles qui roulent sous sa peau pendant qu’il me suce. Je me penche pour pincer ses tétons, mon postérieur s’écarte et nous gémissons en chœur – lui parce qu’il aime que je stimule ses pointes roses, et moi parce qu’il me plonge son index en profondeur, avant d’y ajouter son majeur quelques minutes plus tard. Il se jette sur la petite boule sensible, en attente depuis trop longtemps dans mon fondement ; il la masse en sachant pertinemment ce que ça va déclencher chez moi – il me connaît par cœur. Je me tortille, j’avance frénétiquement le bassin, l’empale involontairement sur mon pieu et j’inonde alors sa bouche de pré-sperme, puis d’un coup, alors qu’il me malaxe les bourses, elles remontent et lui larguent une dose conséquente de jus. Les jets sont si puissants qu’ils percutent son palais et sa glotte ; j’ai l’impression qu’il manque d’avaler de travers.
 

    Il ne paie pas plus de mine que moi après son éjaculation quand il se relève. Mon sperme lui dégouline sur le menton, alors que le sien traîne encore sur mon torse. Sweetie rigole, moi aussi, puis il se jette sur moi, les yeux encore emplis d’une passion inextinguible. Il me soulève – je suis un poids plume pour lui – et me porte jusqu’au lit, où il me jette. Je me mets sur le ventre, conscient de ce qu’il veut, je positionne un oreiller sous mon bassin avant d’agiter mes fesses de haut en bas, histoire de le provoquer un peu. Il s’installe contre mon dos, me mordille le lobe, embrasse mon cou et ma nuque tout en baladant sa grosse verge dans ma raie pour m’exciter. Avec deux doigts, il continue de me travailler pour être certain que je sois bien ouvert. Je couine. Il râle. A l’aveugle, je cherche sa tête pour la plaquer davantage contre moi. Ses muscles glissent contre ma peau pendant qu’il va et vient dans ma crevasse humide, sans daigner entrer alors que je l’invite ouvertement en moi, en le suppliant presque.
 

– Tu m’as frustré chéri, eh ben maintenant tu me laisses faire ce que je veux, me rétorque-t-il, et pour le moment j’aime sentir ma queue le long de ta belle patinoire toute lisse. Après, si tu me le demandes très très gentiment, peut-être que je serais un bon petit copain et que je m’occuperais de toi comme il faut.
 

– Oh oui… Oh oui, s’il-te-plaît Damien… J’ai trop envie de toi… Rentre en moi, mon amour… Possède-moi… Baise-moi, mon cœur !
 

    Je n’ai même pas honte de gueuler ça alors que notre fenêtre est ouverte. Damien peut faire de moi sa chose sexuelle si ça lui chante. Il me fait tellement envie. Mais il pense toujours à mon plaisir : sa grosse pointe gorgée de sang entre en douceur, et il s’assure que la hampe de son chibre me pénètre lentement. C’est aussi une manière de me torturer, dans un sens. Sweetie prend peu à peu possession de mon corps, sa queue écarte ma chair, mon boyau redécouvre sa forme généreuse après une (trop) longue absence. Enfin, son pubis touche mes fesses. Je pousse un petit cri satisfait ; il me remplit. Je me contracte autour de lui, je masse son pieu, et il ne tarde pas à me faire savoir qu’il apprécie la manœuvre, à grand renfort de halètement et de râles virils.
 

    Mon homme passe ses bras autour de ma taille, il entrecroise ses doigts avec les miens, je me tords le cou pour pouvoir l’embrasser, il bande ses biceps et, dans un geste qui allie vigueur et douceur, il retire une partie de sa bite pour me la renfoncer aussi sec. J’avance sur le matelas, entraînant son corps imposant avec le mien. Ses muscles travaillent contre mon dos, et rien que de l’imaginer, j’en rebande contre un fou contre les draps. Il répète la manœuvre, et je pousse à nouveau un cri dément : cette fois, il a touché ma prostate. Son gourdin vient de me l’écraser, et il l’a senti aussi nettement que moi. Je peux presque imaginer son petit sourire satisfait, mais je n’ai pas un moment de répit : il se retire de nouveau, sur toute la longueur cette fois, pour renquiller son foutu chibre dans mon cul. Ses cuisses de nageur claquent contre mon postérieur, ses couilles se posent contre les miennes, sa bite multiplie les allers-retours pour mon plus grand plaisir – et surtout pour le sien. La privation se manifeste par une érection d’une rare vigueur : ses veines sont gorgées à bloc, il me semble même plus raide que d’habitude – et pourtant il pouvait déjà tenir sa queue en titane bandée pendant un long moment sans que je contrarie notre rythme sexuel assez soutenu.
 

    Pendant qu’il me caresse de toute part et s’amuse à stimuler mes nerfs pour me pousser au comble du plaisir, je cherche par tous les moyens à le retenir en moi. Mon anus se referme autour de son pieu, saisit parfois la couronne de son gland, et comprime le bourgeon pour en tirer la sève. Mais le coquin connaît mes techniques et, au moment précis où je pense qu’il va enfin évacuer une nouvelle dose de son merveilleux nectar blanc, il décule complètement et laisse un vide en moi. Le corps de mon Sweetie d’amour se décolle du mien, et je me retourne sur le dos pour le voir hors d’haleine, mais comblé. Je lève déjà les jambes pour qu’il revienne en moi, mais il se contente de s’allonger, couvrant ainsi mon torse avec le sien, deux fois plus large.
 

– Nan, nan, nan Chaton, t’as profité de mon gros sucre d’orge dans ton joli petit cul, maintenant c’est mon tour de profiter du tien, me dit-il en saisissant la pine raide qui pointe largement entre mes cuisses. J’ai aussi envie de me faire en peu posséder par mon homme hein, alors au boulot, mon dictateur adoré.
 

    Je passe un bras derrière sa nuque et l’embrasse. Il est vraiment parfait, il fait en sorte de varier les plaisirs mon Sweetie, pour qu’on ne s’ennuie pas au lit. Je l’attrape ensuite par les hanches et, sans interrompre la valse de nos langues, je le fais basculer sur le flanc pour pouvoir étreindre ses pectoraux et caresser ses abdominaux. Il bande encore le cochon, mais ce n’est pas la zone dont je dois prendre soin à l’heure actuelle. Mon copain s’installe de lui-même sur le dos et écarte les cuisses. Je me glisse entre elles, suçote malicieusement son gland dur et chaud pour le pousser au bord de l’orgasme, je joue aussi avec ses belles bourses, épaisses et lourdes, ainsi qu’avec toute la longueur de sa lance pour m’assurer qu’il soit bien raide. Ce n’est que lorsque je le sens au bord de la jouissance que j’appuie sur ses mollets de sportif pour le forcer à les rapprocher le plus possible de ses épaules ; j’ai ainsi une vue on ne peut plus dégagée sur ses merveilleuses fesses, rondes, forgées par des heures à la salle de muscu et, dans cette position, écartées à souhait.
 

    Sa petite rondelle appelle ma langue aussi sûrement que du sirop à la menthe attire les guêpes. Je la laisse retrouver avec plaisir sa raie lisse, puis j’arrête mon muscle humide sur l’anneau étroit. Il se détend presque de lui-même à mesure que je le travaille et que la pointe de ma langue darde pour l’écarter. Damien s’agrippe à mes cheveux et appuie sur mon visage pour m’encourager à poursuivre. Il gémit et, presque malgré lui, il lâche des séries de couinements aigus en dépit de sa carrure de rugbyman. Je joins mes doigts à la fête et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, son boyau s’assouplit. Sa prostate est assez imposante, et il n’est pas très compliqué de faire pression dessus ; son sexe est aussitôt pris de soubresaut, et il déverse une mouille épaisse dans son nombril, puisque la matraque de mon chéri est suffisamment longue pour atteindre cette zone. Il se branle d’ailleurs pendant que je déguste son anus ; ses couilles me tombent même sur le nez quand je relève la tête pour contempler son visage rouge, sur lequel se lit l’extase.
 

    Je décide donc de retirer mes doigts et d’insérer autre chose en lui. Allongé entre ses cuisses puissantes, je me glisse dans son corps tout en l’embrassant. Il est plus grand que moi, et je peine à atteindre sa bouche ; je me concentre donc sur ses mamelons roses. En me contorsionnant suffisamment, je parviens également à sucer son gland enflé tout en lui envoyant les premiers coups de bassin. Quelques mèches blondes collent à son front, il me fixe et caresse son torse, ses lèvres s’ouvrent pour le laisser exprimer son plaisir et il place l’un de ses bras derrière sa tête, en soutien de sa nuque, ce qui met son biceps parfaitement sculpté en valeur. Il avance et recule au rythme de la pénétration, tandis que je m’accroche à ses pectoraux en nage ; ma queue lui écarte les entrailles et je le sens qui se resserre régulièrement autour de mon pieu pour me faire crier. Son fourreau chaud m’a manqué à tel point que je ne saurais décrire le plaisir que j’ai de le retrouver. Depuis que nous expérimentons le contact sans barrière, qu’il se referme autour de moi et me prend en lui sans capote, mon plaisir atteint des sommets inégalés.
 

    Mes couilles claquent contre ses belles fesses rondes. Je m’accroche à ce que je peux, tout en essayant encore de le caresser pour lui donner le plus de plaisir possible. Mais même passif, il domine ; il sait comment jouer avec son rectum et comment stimuler mon gland en le comprimant en lui. Il ne me reste alors qu’une arme contre ce Sweetie machiavélique et dévergondé ; je me retire presque intégralement et renfonce mon gourdin raide en lui. Sa prostate est touchée, je la sens qui palpite, sa bite tressaute et Damien tente d’étouffer un hoquet. Je réitère la manœuvre, encore et encore, de plus en plus vite. Il me supplie. Ses « oh oui », « encore », « vas-y » m’encouragent pendant que j’accélère ; j’en arrive à un point où je lui lime le cul en tirant sur ses tétons quand, soudain, il se contracte si fort que je m’immobilise. Une humidité intense recouvre ma bite, la sienne se dresse et projette plusieurs giclées de foutres qui aspergent mon torse et m’atterrissent même sur le menton. Son orgasme entraîne le mien, et je remplis son joli petit cul avec le contenu de mes couilles ; je ne pensais pas m’être retenu à ce point, mais je déverse tout de même six grosses rasades, ce qui semble le combler.
 

    Soudain, la tête me tourne et je commence à retomber. La jouissance perturbe mes sens, et ceux de Damien aussi ; son cul lâche un liquide clair quand je me retire, puis la cascade de sperme suit d’elle-même – je l’ai vraiment bien ouvert, mon Sweetie. Le room-service va nous détester : les draps sont imprégnés d’un mélange de sueur et de semence masculine. Nous haletons, je suis affalé sur les pectoraux de mon homme, et ma tête se soulève au rythme de sa respiration saccadée. Il m’attrape et me remonte jusqu’à sa bouche pour pouvoir m’embrasser tout en m’étreignant de tout son saoul. Faible, je lui demande d’une petite voix :
 

– On est quitte pour l’abstinence ? Tu te sens mieux ?
 

    Il ne peut rien faire d’autre que hocher la tête. Après de tels ébats, j’aimerai pouvoir m’étendre et m’endormir pendant des heures, mais Damien me conduit d’abord à la douche – une chance qu’aucun de nous deux ne soit plus en état de s’exciter sur le corps de l’autre – avant de prendre quelques affaires dans un sac, de nous rhabiller tous les deux et de m’entraîner hors de l’hôtel, non sans avoir laissé un généreux pourboire pour les femmes de chambre. Encore sous le coup de l’orgasme, je ne comprends pas de suite qu’il me conduit vers la plage. Ce n’est qu’une fois les pieds dans le sable que je réalise. Damien à l’air tellement heureux, libéré de son abstinence, de mes concours, et comme un beau vacancier, il sort son portable et décide soudain d’inonder Valentin et Thomas de selfies en bord de mer.
 

– ça va rendre Thomas complètement dingue, s’exclame-t-il. Il va savoir ce qu’on vient de faire rien qu’à ta tête complètement hébétée Chaton, alors que lui ça fait deux jours qu’il a pas touché aux fesses de son bébé. Valentin est tellement accroché à Cuddle qu’il dort même avec, et comme tu as dit « pas de sexe devant le chat », Thomas rêve de le mettre dans le four, thermostat sept, pendant au moins huit heures.
 

    Je rigole. Je suis un peu redescendu, même si tout s’est passé rapidement ; je sais que Damien veut une chambre propre pour ce soir, et qu’il n’a pas le courage d’affronter le personnel de l’hôtel avec un lit couvert de sperme, alors il paie et fait en sorte de passer un bon moment avec son amoureux, à deux sur la plage. Je me prends au jeu et, tant qu’il ne me pousse pas dans l’eau, je me dis que je ne risque rien. Je m’accroche à son cou, l’embrasse et joue avec ses muscles. Je ne lui ai que peu parlé de mes épreuves écrites à cause du stress, mais à présent qu’elles sont passées, je reviens sur chacune en essayant d’être le plus optimiste possible. Si tout se passe bien, j’irai aux oraux – même si ça implique de rentrer en France pour affronter les jurys de la Sorbonne – je deviendrai enseignant à l’université et, en faisant valoir mon diplôme à New York, je pourrais donner des cours dans le même établissement que Damien, tout en passant mon doctorat.
 

    Nous marchons longtemps sur le sable, et je passe mon temps collé contre mon Sweetie d’amour, jusqu’à ce qu’il enlève ses tennis et m’incite à faire de même. Il m’entraîne alors dans l’eau, profitant du fait que nous ayons des shorts pour « se rafraîchir un peu les jambes ».
 

    Il ne sait pas ! Je n’ai pas le temps de le lui dire ! L’eau salée monte le long de mon corps. Les vagues clapotent contre mes chevilles, mes mollets, mes genoux. Il m’attire trop loin ! Mon cœur s’emballe, je me débats ! Il faut qu’il lâche ma main, tout de suite. L’angoisse s’empare de mon corps, je suis tétanisé. Damien comprends finalement que quelque chose cloche, Il se précipite vers moi, mais c’est trop tard. Je l’ai contraint à me lâcher, le monde tourne autour de moi et je m’effondre. L’eau salée rentre dans mon nez et envahit mes poumons. Je me recroqueville, mes muscles se contractent si forts que j’en ai mal. Ma respiration est sifflante. Je ne peux pas lutter contre la tétanie. Les images sont brisées dans mon esprit, comme celles d’un kaléidoscope. Les sensations elles, font échos à ce moment où, dans mon enfance, je suis tombé du bateau de marins sur lequel on m’avait laissé, en Bretagne. Chez moi. Enfin, l’ancien chez moi. Celui que j’ai renié sans la moindre parcelle de remord.
 

    On me traîne hors de l’eau, je le sens. Damien me porte contre lui et me pose un papier sur la bouche. Sa voix, lointaine et paniquée, m’intime de souffler dans un sac en papier. J’entends le bruit sec du gonflement, puis l’objet qui se rétracte quand j’inspire. Mon chéri me serre contre lui alors que je suis tout mouillé. C’est bête, mais je m’en veux de tremper ses vêtements propres. Il caresse ma tête en me murmurant des paroles rassurantes. Il essaie d’avoir l’air calme, mais je suis contre son cœur, je l’entends qui bat la chamade. Il est paniqué. Je tente de bouger pour le rassurer, mais mes muscles se sont tellement crispés que j’en ai mal. J’ai besoin de plusieurs minutes pour recouvrer l’usage de mes membres et me blottir contre lui. Peu à peu, la parole revient. L’odeur de sel dans mon nez s’efface, je recrache encore un peu d’eau, mais je récupère à chaque minute. J’ai froid, alors je puise de la chaleur dans ce grand corps qui me couve. Le grand blond attend que je sois suffisamment fort pour me faire un reproche légitime :
 

– Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas dit que tu avais peur de l’eau, mon cœur ?
– Désolé Sweetie, mais tu avais l’air tellement heureux sur la plage, je pensais pas que tu me traînerais dans l’eau. Toi tu as peur des aiguilles, moi de l’eau.
 

– T’es vraiment un chat alors, c’est pas un mythe, me dit-il en rigolant. Même Cuddle il accepte de prendre des bains !
– Hey, je me lave, je lui rétorque en claquant gentiment son pectoral. Juste les grandes étendues d’eau… 

Je peux pas. J’ai failli y rester une fois, je veux plus courir le risque. Et puis si je meurs, qui s’occupera d’un grand dadais blond de ma connaissance ?
 

– Dis pas n’importe quoi, s’exclame Damien, tu peux pas mourir ! Pas avant qu’on ait eu une très longue vie, qu’on ait été vraiment très heureux pendant des décennies et qu’on ait fait plein de câlins coquins.
 

    Je rigole. Damien me sert un peu plus contre lui ; il a beau le dire sur le ton de la plaisanterie, je sais qu’il a une vision semblable pour notre avenir, et ça me va parfaitement. Il aborde d’ailleurs le sujet que je voyais se profiler depuis un moment à l’horizon.
 

– Au fait, tu penses quoi du mariage de Valentin et Thomas ?
– C’est une bonne chose pour eux. Ça va combler Valentin, et Thomas aura enfin une chose stable dans sa vie, une chose qui le rend vraiment très très heureux, et qu’il mérite amplement.
– Et nous…
 

Je l’interromps avant que ça n’aille trop loin.
 

– Damien, je suis contre le mariage. Je suis heureux pour nos amis, mais je trouve que c’est une institution archaïque. Je t’aime, plus que tout au monde, et je n’ai pas besoin d’un bout de papier ou d’un vieux curé pour me l’affirmer. Je sais au fond de mon cœur que je veux passer le reste de ma vie avec toi, que je veux ton bonheur par-dessus tout et que tu es la personne pour laquelle je suis prêt à mourir. Je retourne dans l’eau sur l’heure pour te le prouver si tu en doutes. Un bisou devant le maire, ça ne fera pas de nous un couple plus uni, ou plus légitime… Ce sera juste légal, administratif à la limite, mais ça ne crée pas d’amour sincère, seulement des chaînes légales pour faire croire aux deux partis qu’ils sont liés par des sentiments. Je t’aime, un point c’est tout, et le premier crétin qui me dira que je t’aime pas vraiment puisqu’on n’est pas marié, je le cogne très fort… ou je demande à Thomas de le faire pour moi.
 

– Alors si je te demande en mariage… ? souffle Damien avec un brin de déception dans la voix.
 

Je lui rétorque en rigolant :
– Si tu me demandes en mariage, je te dirais quand même oui, espèce de gros neuneu.
 

Je vois son visage surpris. J’avoue que je peux avoir l’air un peu contradictoire, alors je lui explique :
– Pour moi, le mariage c’est une vieille institution poussiéreuse sur laquelle la religion et les sociétés patriarcales ont compté pendant des siècles pour asservir les femmes. Mais ma logique est supplantée par un élément très simple : si tu me demandes en mariage, c’est que tu m’aimes, et moi je désire ton bonheur par-dessus toute autre chose. Alors si tu veux que je t’épouse Sweetie, je le ferai. Seulement, dis-toi bien ce jour-là que tu devras être prêt à délaisser la colocation : Valentin et Thomas seront également mariés, ils vont avoir besoin d’aller construire leur vie à deux, et nous aussi, même si on continuera de les voir quotidiennement et qu’on sera toujours aussi proche. On ne peut pas vivre éternellement à quatre, il faut bien évoluer un jour où l’autre.
 

    Damien à d’abord l’air perturbé. Il cogite, même si je sais qu’il traîne cette idée depuis un moment dans sa caboche : il est loin d’être idiot, il est parfaitement conscient que nos amis vont vouloir une vie rien qu’à eux, tôt ou tard, et même s’il est attaché à la colocation, elle devra se déliter un jour ou l’autre, que ce soit dans deux mois ou dans deux ans. Finalement, mon chéri me sourit, il se prendra le chou plus tard avec cette séparation qui l’angoisse un peu.
 

     Je me hisse sur son corps pour l’embrasser, tandis que derrière nous, le soleil se couche, incendiant l’océan pacifique. Allongés sur le sable, nous restons un moment à nous câliner tout en réfléchissant chacun de notre côté à cet avenir que nous voulons construire, avant de rentrer à l’hôtel en parlant de projets de vie, et peut-être un peu du mariage à venir, histoire de réserver une ou deux surprises à notre rouquin préféré et à son nounours (pas trop) apprivoisé.

***
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