Frenchies in a new world - Hors série 4
Hors série 4 : Noël et folie se mêlent
C'est la belle nuit de Noël, le calme retombe sous les étoiles, il se revoit petit enfant, à regarder la neige qui luit. Les années ont passées, mais toujours avec joie, et chaque fois l'on se retrouve pour vivre un si bon moment. C'est la magie de l'hiver, et même si les choses ont changé, la famille et les traditions restent présentes dans les mémoires. Invoqués chaque année, les souvenirs restent figés comme ces photos prises par maman, à l'ouverture des cadeaux. Quels merveilleux moments, il y repense en haletant, l'enfance et son ignorance, la naïveté et joie intense. Tout était si beau, si facile, si pur!
Il lui revient en mémoire, flash fugace mais émouvant, les Noëls où à leur tour, la magie se voyait dans les yeux des enfants. Lui revient aussi l'Amour ressenti intensément, par tous ces gens qu'il a laissés pour rentrer fêter le nouvel an. Le froid le glace, il pense à ses amants, ses amis, sa famille : il est trop tard maintenant, pour leur dire son amour, les regrets sans faux semblant.
Le vent se lève, l'alcool aidant, sa vue se trouble et il ferme les yeux doucement. Tous les heureux moments sont repassés sur ses prunelles troublées, ces moments de vie qu'il a tant appréciés ; le mauvais, toujours il l'oublie, même en ce moment ne reste que le meilleur. Et alors que sonne la dernière heure de la nuit, un mot, un seul, est soufflé : Pardon. Mais il est trop tard pour faire demi-tour, rester dormir, rester vivant.
***
Assise dans le noir, elle pleure son malheur, son enfant disparu. Sa photo, sur le buffet face au canapé, reflet de son coeur en autant de morceaux que le verre fendillé. Elle se lève, approche une main tremblante de cette photo, gravée sur le papier, puis sur celle de son mari. Elle fait quelques pas, puis elle oublie; sa conscience brisée désormais partie sur ces souvenirs, que tous les objets de son appartement évoquent en elle. L’Italie et Burano avec ces petits dessous de table en dentelle, où elle a passé une partie de son enfance; un peu plus loin, elle se revoit en train de valser devant cet homme en Russie, en apercevant le plateau aux cases noires et blanches, et du pari qu’ils avaient fait : une soirée dans son lit s’il gagnait une partie d’échecs. Son rire quand elle l’avait battu en quelques coups, son air déçu.
Les petits santons de porcelaine la renvoient en France, au milieu des paillettes, des plumes d’autruches et du french cancan. Aux folles soirées. Le diadème en cuivre, offert pour son mariage, brillant et à la fois de peu de prix, comme ses moyens à l’époque. Les îles et le trafic de tabac lorsqu’elle voit la carapace de tortue sur la table basse. Le sabre japonais, aux négociations avec les mafieux japonais. Le masque africain aux achats de pierres précieuses, qui avaient achevé de construire sa fortune. Elle se revoit, parée comme une Reine, couverte d’or et de bijoux, si fière ! Elle danse la valse, le tango, la java, au fil des élucubrations de sa mémoire défaillante. Elle revit chaque souvenir dans le désordre, chaque instant perdu mais vivant en elle, tout du même temps illusoire et présent comme si elle y était. Elle pleure à nouveau quelques secondes lorsqu’elle se voit dans le miroir avec ce châle noir qui lui couvre pourtant les épaules depuis des années, revivant l’enterrement de son homme. Puis son cerveau déraille à nouveau, et le petit canevas lui rappelle Panama, les trafics d’opium - le début de ses addictions et de sa chute. Passée de serveuse à danseuse, femme d’affaire mariée, mafieuse, reine d’un empire, une fois seule et droguée, tout s’est écroulé. Plus rien n’avait de toute façon d’importance, son amour et sa chair étant meurtris.
Les derniers deniers de sa fortune ont servis à lui faire arrêter ses addictions. Désormais, un de ses anciens hommes de main, resté fidèle malgré la chute, continue à veiller sur elle. C’est sur son conseil qu’elle est venue se cacher dans une grande ville, mais dans un petit quartier, ignorée de tous. De sa vie d’avant, seul son sobriquet de Mémé Weed est resté. Ses souvenirs aussi. Et ses douleurs, endormies par les herbes du motard, lui laissent le temps de vivre et revivre, jour après jour, tous ces moments de gloires et de désillusions.
Dans la cuisine, elle se saisit de son éventail, cadeau de son fils. Il doit venir aujourd’hui, il lui a promis. Quel merveilleux Noël ils ont passés…
En attendant, elle se met au fourneau. Il aime tant ses pasta, elle est si fière de voir ses yeux bleus gourmands! Le même genre de regard lorsqu’il regarde l’amour de sa vie.
– Matteo, Matteo, il mio cuore, ti amo bambino mio.
La sonnette retentit, elle laisse tout tomber et se précipite à la porte, manquant de faire tomber ce vase grec qu’elle aime tant, là où elle a accouché de son bambino…
– Matteo ! Te voilà enfin ! Ce n’est pas grave pour la voiture, l’essentiel c’est que tu sois en vie. Oh, mon chéri, tu as beaucoup inquiété Mama… Ne me refais jamais ça !
Sur le pallier, le jeune homme accepte l’accolade étouffante de la femme. Un reflet de soleil sur ses yeux montre un bleu plus clair que celui de la photo, mais elle n’y a pas prêté attention. Dans son esprit perdu, pour elle, il est revenu.
* * *
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