Frenchies in a New World - Chapitre 30

Chapitre 30



– Joyeux anniversaire de mariage bébé !

    Je regarde mon rouquin, tout fier, qui me jette un regard amoureux avant de regarder le beau bouquet que je lui tends. Depuis trois ans que dure notre idylle, rien n’a atténué cette étincelle dans ses yeux, qui m’excite autant ; elle me donne simplement envie de lui d’exaucer ses moindres désirs. Mais je sais rester raisonnable, je sais que rien ne lui donne plus de plaisir que les choses simples, faites avec amour.

– Pa… pas...

    Je regarde le petit bout de chou dans les bras de mon rouquin. Une des choses de plus réalisée par amour ! Le léger teint abricot, la bouche pulpeuse, l’air mutin : le portrait craché de mon bébé ! Il nous en est arrivé des choses en trois ans; Et moi qui croyais qu’avoir un chat ou un enfant me priverait de ma vie de couple, ce n’est absolument pas le cas. J’aurais pourtant dû remarquer qu’en organisation, tant personnelle que professionnelle, mon mari est incroyablement doué… 

    J’ai aussi cru au début que je serais incapable de m’occuper d’un enfant; mon traumatisme y est pour quelque chose assurément. Mais je me suis laissé convaincre, je suis un si bon mari… C’est du moins ce que j’entends régulièrement lorsque je lui donne son biberon, à mon époux toujours si coquin. J’ai donc fini par céder aux envies familiales de mon mari adoré, et nous nous sommes mis, à deux, à chercher par quel moyen combler le besoin de paternité de Valentin - car malgré nos très nombreuses tentatives, il n’est jamais tombé enceinte.

    Qui aurait cru ça possible, moi, papa à trente ans. J’en suis le premier étonné. Marié, mannequin, ça passe encore - j’aurais aussi pu finir acteur porno ! Mais élever un enfant, c’est quelque chose… Heureusement, les voyages sont rares désormais, le tour du monde a été fait, mon impresario gère d’une main de maître nos emplois du temps respectifs et définit les règles auprès de nos employeurs pour nous permettre de préserver notre vie personnelle, afin qu’elle ne soit pas dévorée par le travail. Et bien évidemment, nous sommes toujours si proche de nos colocs, malgré leur déménagement dans une charmante maison, cadeau que je leur ai fait il y a plus d’un an, pour remercier Matt - une histoire de pari à propos de mon rouquin.

– Pa… pa(s) !

– Oui, Gabriel, papa Thomas est là aujourd’hui, pour nous faire plein de bisous ! s’exclame Valentin, en faisant sauter dans ses bras le poupon qui me ressemble, tout en ayant déjà un duvet de cheveux, d’un brun teinté de roux.

    Certains pourraient se demander comment deux hommes ont pu avoir un charmant bambin qui nous ressemble autant. Il aurait probablement été plus simple d’adopter, ou d’utiliser une mère porteuse - tendance qui se développe de plus en plus, et pas uniquement chez les couples de même sexe. C’était sans compter sur la médiatisation d’une entreprise, qui à défaut de réussir à créer correctement “l’homme de demain”, s’est spécialisé dans le développement humain in vitro.

    Mon bébé n’a pas été le seul homosexuel à voir une possibilité d’un enfant mélangeant les gènes de ses deux parents, plutôt que celui du donneur et de la mère porteuse - même si au départ, il voulait surtout ne garder que l’essentiel chez lui, et favoriser ma constitution. Cependant, malgré tous les progrès de cette avancée majeure qui permet de se passer d’un ventre maternel, il n’est pas possible de trafiquer le génome sans conséquences. L’intervention humaine sert uniquement à former un embryon viable, la nature et sa magie sur la génétique s’occupe du reste. Matt aussi voulait conserver le patrimoine de son chéri, mais le mélange des deux est nécessaire. Est-ce grave ? La perfection n’existe pas. De plus, dans son cas, le mélange a même été tellement efficace que nous allons aujourd’hui rencontrer les jumeaux qui se sont formés et viennent de naître…

– Bébé, t’es sûr de l’horaire du rendez-vous? C’est bientôt l’heure de la sieste de Gabriel, du coup nous on pourrait… 

    Bien tenté, mais la sonnette retentit, ce qui l’empêche de me faire la remarque comme quoi je dois prononcer le prénom de notre enfant en entier. Gabriel, un petit ange, un miracle, créé grâce à notre Amour - et dire qu’au début, il voulait lui donner le prénom de la brute idiote de La belle et la bête! J’ai bien fait de lui faire changer d’avis; je sais me montrer convaincant…

    Avec un air à la fois contrit et amusé, il me confie notre enfant et va ouvrir la porte de  l’appartement à nos frères de coeur. Ils ont chacun un bébé savamment noué contre le corps.

– Oh, ils sont trop mignons, s’exclame mon rouquin dès qu’il aperçoit les deux mioches, une fois déballés de leur rouleau de couverture.

– Oui, et les deux adorent leur papa, puisqu’il leur cède tout, hein Sweetie ! lance Matt avec un sourire sous-entendu.

    J’éclate de rire, heureux de déjà retrouver le caractère bien trempé de mon petit ami blond.

– Tu exagères Chaton, proteste le grand blond, Fleur t’adore, tu passes ton temps à la dorloter du matin au soir.

    Je retiens un ricanement lorsque Matt se défait de son paquet, qui commence à chouiner et ne se calme qu’une fois à nouveau collé à l’un de ses papas; déjà tout petit on trouve les traits de caractères qui resteront plus tard.

Je taquine les deux papas, aussi blonds que leurs enfants :

– Et du coup comment s’appelle votre deuxième terreur ?

– Jules ! Il a des yeux magnifiques, mélange de nous deux! s’exclame Damien.

    J’observe les deux poupons, incapable de faire la différence entre le garçon et la fille. Je ne me fie qu’aux iris; Si celui aux yeux vairons, bleus et verts, est Jules, la petite Fleur est le bambin aux yeux presque noirs. Je l’imagine déjà en patronne tortionnaire, ou à jouer en bourse, costume impeccable, regard acéré ! Quel cliché… elle finira peut-être naturopathe, ou à restaurer des tableaux, comme sa grand-mère de qui elle tient cette couleur. Ce qui est certain, c’est que comme notre fils ou son jumeau, elle fera ce qu’elle voudra. La voie professionnelle est pleine de surprise, Valentin et moi en sommes la preuve !

    Je laisse les deux papas guimauves parler couche et attire Matt dans la cuisine, distance des oreilles chastes, mais surtout loin des oreilles quasi elfiques de mon mari.

– Faut que je te raconte ma dernière connerie.

– Mon dieu je m’inquiète déjà. Quand tu as ce regard là, c’est qu’il t’a privé de sexe !

– Oui, deux jours ! Après on arrivait plus à se retenir de se sauter dessus. Mais j’avoue c’était mérité. Il a pas aimé ma surprise.

    Je sors le livre de cuisine “Natural harvest”, et là, le jeune homme comprend immédiatement :

– Tu as osé lui préparer ton sirop ! Tu m’étonnes qu’il se fâche, y a que dans le lit que tu peux le faire se lâcher ! Il est coquin mais pas obsédé comme toi !

    Je grommelle, s’il était vraiment accro comme il le dit, il accepterait tous mes délires !

    Comme s’il entendait, mon rouquin débarque et claque un bisous sur ma nuque.

– Alors mon nounours, encore en train de confier que je suis qu’un bébé salope au lit ? Tu le savais quand même que je suis coincé, c’est toi qui a voulu m’épouser. Matt, dit-il en se tournant vers le blondinet, je sais que vous adorez raconter des choses très intimes, à défaut de vous montrer les détails puisque je lui interdis de faire des photos, mais si tu pouvais arrêter de l’encourager… Fais pas semblant, dès que je ne vous entends plus, c’est que vous faites des messes basses, et c’est mon cul qui y passe le soir !

– Mais non voyons, tu exagères, je n’y suis pour rien moi ! C’est ton mari qui t’adore, se défend l’accusé.

    Son air innocent convaincrait le Diable en personne. Mais pas mon rouquin, qui sait à quoi s’en tenir. Il s’approche de mon oreille :

– Je t’aime chéri et je suis tout à toi. Mais les délires, c’est seulement pour le lit. D’ailleurs dès qu’on est tranquille, je mets le nouveau petit slip avec les bretelles que tu m’as offert…

    Je l’embrasse pour approuver ! Il ne peut pas savoir comment je suis heureux; on va plus souvent se faire des week-ends sans enfant je crois - à charge de revanche pour nos ex-colocs bien sûr, qu’ils puissent profiter à fond de leur couple… 

    Nous filons au parking prendre mon impala noire. A partir de maintenant, nous avons exactement seize heures pour nous amuser; j’ai donc quinze heures en comptant le trajet pour m’occuper de mon beau rouquin. Je salive déjà sur son beau fessier, encore plus attirant qu’avant si c’est possible. Ou alors c’est vraiment que l’Amour rend aveugle.

    A peine dans notre suite royale, je balance mes habits dans tous les sens, pressé au possible d’être nu. C’était sans compter sur un appel impromptu du dernier chouchou de mon rouquin. Lui et sa fameuse manie d’aider ceux qui sont dans le besoin…

– Allo, Angelo ? Comment se passe le tournage ?

    Je soupire et m’installe face à lui, l’air triste peint sur le visage. Heureusement que je le sais fidèle et accro à moi à deux cents pourcents, sinon j’aurais pu avoir des doutes plus d’une fois ! Entre mon frère, il y a quelques années, puis le jeune escort que je lui avais loué avant notre mariage, voilà qu’il s’est entiché d’un autre canon ! Viré de son poste de verrier, mon mari l’a découvert alors qu’il postulait à son hôtel récemment acquis, là où Damien et Matt ont passé leur Lune de miel. Je lui ai fais une de ces crises de jalousie ce jour-là ! Nous nous sommes très rarement disputés, mais voir un espèce de jeune sosie de moi-même, qui retenait l’attention de MON amoureux, c’était au-dessus de ma patience. Je ne suis rien sans lui, c’est pour lui que j’ai avancé…

– Chéri, ça te dirait d’être dans un film ?

    Tiré de mes pensées, je regarde les yeux pétillants fixés sur mon corps sculpté.

– Hein, pourquoi ?

– Angelo me dit qu’ils ont besoin d’un figurant, ils voudraient un roux, il leur a proposé mes services. Mais j’y vais pas sans toi, ils sont ok pour ça.

– On y réfléchira plus tard bébé, là j’ai quelque chose de très important à te faire, si tu vois ce que je veux dire !

    Je me tâte le paquet, qui gonfle instantanément. Mon bébé acteur ! Je vais bientôt réussir à garder des souvenirs de nos ébats s’il s’habitue à une caméra !

    Malheureusement pour moi, la discussion continue. J’abandonne donc après une heure supplémentaire et part en quête d’un bon repas. C’est vraiment le souci de Valentin d’être trop gentil, il ne peut pas s’empêcher de rester au service de ceux qui lui demandent plutôt que faire ce qu’il veut lui. Nos quelques leçons de vie ont juste servies à reconnaître qui sont les gens de confiance, mais après, il donne toute son énergie aux autres. L’essentiel est que notre vie reste prioritaire.

    Lorsque je suis de retour avec un plat simple que je lui ai préparé - simple mais en même temps très sexuel quand on y pense, une grosse aubergine avec des patates sautées - il est encore au téléphone, mais cette fois avec les deux blondinets. Ah, le papa poule… Évidemment. Je deviens cependant aussi gaga de notre bambin que mon rouquin lorsque j’entends deux nouvelles syllabes :

    – Tho… mas.

    – Oui Gabriel ! Papa Thomas! Il est à côté de moi mon petit bout d’chou. Il te fait plein de bisous dans le téléphone en attendant demain. Hein mon nounours, tu lui fais des bisous.

    Je suis bouche bée, je m’assieds sur le canapé. Comme n’importe quel parent j’ai été heureux lorsqu’il a prononcé “papa” pour la première fois; mais comme il en a deux… alors que là, c’est mon prénom… 

    – On revient très très vite demain Gab’ ! D’abord on fait des tas de bêtises avec papa Valentin, puis on rentre pour te voir.

    J’écrase mon bébé contre moi, une fois de plus heureux de connaître tout cela grâce à lui. Je le fais presque lâcher le téléphone pour l’embrasser, et nos deux compères au bout du fil finissent par raccrocher.

    – Alors, fier de ton bébé, chéri?

    – Bien sûr que je suis fier de toi bébé ! Tu fais de moi un papa comblé, en plus d’un mari heureux… Puis mannequin, et après acteur, le rêve ! Enfin mon rêve, tout de suite, est un peu frustré là aussi j’avoue.

    – Je parlais de Gabriel! Mon nounours obsédé ! Et pour acteur c’est non, c’est un truc un peu ridicule de série sur une télé réalité… 

    – Ah oui, ça ! C’est dingue ce que ça reste à la mode ces trucs. Mais t’as un trop gros cerveau pour y participer, et c’est pas une bonne image pour notre enfant ça.

– Je rêve où tu prends enfin la vie avec sérieux? me taquine Valentin.

– Oh non ! D’ailleurs c’est pour ça que Gab’ me préfère à toi?

    J’éclate de rire, comme si c’était possible ! Notre enfant a une vie de petit prince grâce au rouquin, pas à moi ! Ce qui ne fait pas rire mon rouquin :

    – J’adore le détachement que tu as lorsque tu parles de ton fils… Pourtant c’est ton portrait craché.

    – Oui je sais, mais là ce qui m’intéresse plus, c’est de mettre de moi en toi, pas de parler de notre merveilleux petit enfant.

    – Ah, tu fais bien semblant de ne pas y être aussi accroché ! Tu verras quand il grandira, tu regretteras ces moments. Et ton mari jeune et sexy.

    – Tu seras toujours sexy, même lorsque tu ne seras plus jeune. Si je suis bien sûr d’une chose, c’est que tu es indispensable à ma vie, que j’ai fait le meilleur choix de te demander en mariage, et que c’est pas que physique entre nous bébé; je t’ai dans la peau!

    – Et moi bientôt dans le cul, j’ai bien saisi t’inquiète !

    J’éclate de rire et le colle contre moi, un sourire affamé sur les lèvres. Mais avant de faire plus, comme nous savons si bien le faire, je le penche doucement et l’embrasse tendrement. Peu importe que notre fils grandisse, que la vie nous change, je serai toujours à lui. Semper Fidelis.



C’est un peu la fin de notre histoire,
mais surtout ne sors pas ton mouchoir.
Même s’ils n’existent pas vraiment,
on peut les retrouver tout le temps.
Passé, présent ou futur,
ils vont et viennent,
les amoureux tous durs,
dans leurs aventures pleines de poèmes.
Une page se ferme, un chapitre se termine,
mais la vie, soyons honnête, jamais ne s’arrête.
La seule limitation, c’est votre imagination. 

 

***

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