Frenchies in a New World - Hors série final : Partie 2
Hors série - La fièvre de l’or
Partie 2
Décembre
Quelle étrange journée ! Dire qu’au départ, je pressais Thomas de trouver un secrétaire, et voilà qu’il engage mon ex.
Lorsque Thomas m’informe de sa décision d’engager le rouquin, je saute sur l’occasion : il n’y aura pas plus sûr pour l’entreprise que d’avoir un “chevalier” moderne, à la parole indéfectible. Je me frotte les mains en recevant un papier à son nom dans mon tas de courrier, sa signature en bas des documents sur lesquels mon sous-directeur devait jusqu’ici apposer la sienne.
Ce n’est pas pour me déplaire, à vrai dire. Je ne l’ai jamais trouvé aussi attirant que maintenant. La dernière fois que je l’ai vu, dans la superbe colocation, je l’ai trouvé rayonnant, enfin sûr de lui. Il n’a plus rien à voir avec le petit minet effrayé à qui j’ai ouvert la porte - et le cul - il y a plus d’un an. Grandi par ses expériences, magnifié par Damien, aussi stylé que styliste, je maudis chaque erreur qui ont conduit à la fin de notre relation. Peut-être aussi que je le jalouse, lui qui est désormais si épanoui, alors que je reste le même.
Puis surtout, je n’aime pas qu’on me dise non.
Est-ce ma faute ? On m’a toujours habitué au fait que le monde se pliait à mes désirs. C’est de famille; on ne dit pas non à l’argent, sauf peut-être mère qui n’avait plus aucun goût de la vie après sa fausse couche. Drôle de famille, qui vit sous le même toit sans vraiment vivre ensemble - et que dire de mon père, qui m’a foutu dehors lorsqu’il a su que j’étais gay, vieux con homophobe… Mais même le rejet paternel n’est qu’un lointain souvenir, il en est presque à me cirer les pompes maintenant que je l’ai dépassé. Tout récemment à vrai dire, et grâce au bon sens de mon nouveau secrétaire, qui travaillait officieusement à la place de Thomas…
– Tu jouis bientôt ?
– Tais-toi et suces!
Je repousse la tête de mon plan, qui me pompe à genoux sous le bureau. Je ne veux pas voir son visage, je continue d’imaginer le rouquin à sa place. Oh oui, bientôt je vais pouvoir le mater en réunion, pour les contrats, et même à la salle de sport ! Je devrais installer des caméras pour l’avoir à l’oeil; quoique, s’il le découvre, je vais passer pour un stalker ! Il trouverait déjà plutôt malsain ce que j’imagine sur lui…
Je sursaute et cache la partie de sexe à sa vue alors qu’il rentre dans mon bureau, habillé d’un costume qui tient plus du costard de défilé, qu’on met en soirée ou si l’on est mannequin, que du trois pièces dont sont vêtus les autres employés de bureau. Je sens qu’il devine ce qui se passe, lève les yeux au ciel, pose le dossier qu’il vient de terminer sur mon bureau et sort en me rappelant l’heure de mon prochain rendez-vous - à la place de mon secrétaire, puisque celui-ci a la bouche occupée. Un coup d’oeil sur son petit cul arrogant - bien rond plutôt, je le dis arrogant car il se refuse à moi - suffit à me faire jouir, et je remercie en silence sa venue, bien plus efficace que la bouche désormais trop familière de mon larbin personnel.
Je m’ajuste et remercie le jeune homme qui essuie ses lèvres fines. Il baisse les yeux et quitte la pièce en silence. Demain, je sais que j’aurais sa démission sur mon bureau, puisqu’il n’obtient pas ce qu’il veut. Sans autre vague que celles de son coeur, qui a eu le malheur de s’accrocher. Ou bien il demandera à ce que l’on soit un peu plus professionnels, pour ne pas non plus abandonner la paye plutôt généreuse qu’il touche en dehors des gains en nature…
***
Janvier
Ça y est ! Nous sommes passé dans le top cinquante des entreprises côtées en Bourse ! Je fais désormais partie des plus jeunes - et riches - self mademen qui aient jamais existés. Avec un peu d’aide, je l’avoue. Depuis trois semaines qu’il est aux commandes, mon sous-directeur officieux récolte les fruits de son travail ô combien efficace. S’il continue ainsi, je vais avoir de gros clients, et d’ici l’été, peut-être même devenir milliardaire !
– Et c’est comme ça qu’on va accrocher l’intérêt de potentiels investisseurs… Dis, tu m’écoutes ?
– Mmmh?
Mon onomatopé ne convainc pas Valentin, qui m’expose son plan de séduction. Il me regarde, suspicieux, et réajuste son gilet et sa chemise, de manière à cacher ses formes fines et sculptées à mon regard.
Je me lève et viens à ses côtés, pointe les deux points que j’ai réellement entendu et demande à les prioriser, avant de jeter un oeil sous ses reins.
– Je parie que tu es serré comme au premier jour, malgré ton mec. ça me donne envie de t’enfiler direct…
Il se redresse et me jette un regard glacial. Je n’entends pas sa remarque, ahuri par le sentiment de supériorité qu’il dégage. Je sais bien qu’il a du caractère, mais là… eh bien avec ce tempérament, il pourrait tout obtenir de moi. S’il mène Thomas de la même manière…
– Ne m’adresse pas ce regard, s’exclame-t-il, tu n’auras rien. Sauf ma démission si tu ne me respectes pas. T’es peut-être mon patron, mais çe ne te donne aucun droit sur moi en dehors des objectifs professionnels. Or tu n’es absolument pas professionnel.
– Valentin…
Il m’interrompt :
– Non, je ne veux pas le savoir ! Ce que tu penses de moi ne m’intéresse pas.
Je soupire et le laisse quitter la salle de réunion. Je sens que les prochaines seront bien compliquées, surtout si nous sommes avec des témoins…
***
Février
Time goes up so slowly.
Je regarde la neige tomber à l’extérieur, dans la nuit noire. Un corps nu à mes côtés, un autre au sol trop alcoolisé pour avoir eu la force de nous rejoindre, je réfléchis. Pourquoi ce comportement ? Ce manque de stabilité dans ma vie émotionnelle? Ma famille y est pour quelque chose : l’amour, je ne sais pas trop ce que c’est. Les enfants refont-ils toujours les erreurs de leurs parents ? C’est vrai que la fidélité, ce n’est pas mon père qui en est fan…
Autant je peux être bon en tant que patron - la croissance de mon entreprise en est la preuve - autant sentimentalement… et je ne me sens pas mieux à l’idée de perdre une fois de plus mes chances. Je sais ce que Thomas a manigancé, pendant leurs vacances en coloc. Dieu merci, il va vouloir faire plaisir au rouquin et attendre le mariage de rêve, alors que s’il avait choisi, il aurait voulu être rapidement lié; et quand on sait avec quelle facilité le mariage est possible à Las Vegas…
La porte s’ouvre, il voit et la referme en lâchant un juron. Moi aussi j’ai vu. La petite pierre brillante à son doigt, probablement magnifique, qui me retourne l’estomac. Mes yeux s’humidifient alors que je me lève, le monde peu stable autour de moi. Dire que je pensais me “venger” en le faisant venir tard, et c’est moi qui finis encore jaloux comme un poux et blessé au plus profond de moi!
Je peux cependant compter sur un étrange confident, à l’amour déçu. Owen, le frère de Thomas. Même géant de deux mètres, tout en muscle, mais au coeur tendre. A défaut d’avoir une belle histoire, je l’ai renvoyé quelques temps à Chicago, officiellement pour une rencontre avec un partenaire pour l’entreprise. Quand on y pense, lui et Thomas non pas du tout eu la même manière de se protéger de leurs souvenirs; Owen a parcouru le monde, cherché à en apprendre sur ses ancêtres - tout en profitant des avantages liés à sa stature. J’ai été bien amusé quand il m’a raconté ses drôles de plan, aux quatres coins de l’Europe. Un espèce d’Oncle Oswald gay, sauf qu’en dehors de son diplôme en finances, il n’a jamais eu beaucoup d’argent à lui.
Dire que l’argent domine le monde est faux. D’abord, c’est le sexe. Même sans sentiments, le contact charnel est ce qui coûte le plus cher. Ceux qui arrivent à se donner totalement seraient les maîtres du monde s’ils couchaient comme ils le voulaient. Mais ceux-ci sont généralement de tendres amoureux. Le sentiment de plénitude qu’ils offrent n’est donné qu’à un seul. Je me demande toujours ce qui est le mieux, entre être compris comme personne, ou aimé au-delà de l’imaginable. La seule chose sûre est que les couples que forment mes amis ont les deux, en plus d’une sexualité qui n’a rien à envier à un libertin, j’en suis certain !
Je sors à moitié nu et viens embêter le rouquin, sous-entends des choses - ma non-satisfaction sexuelle par exemple, ou le fait que j’imagine bien ces quatre petits coquins ensemble - mais il m’ignore royalement. Son minois fatigué me donne envie de l’embrasser, retrouver le contact de ses lèvres pleines, gourmandes. Je me colle presque à lui, il doit sentir mes tétons pointus par l’excitation et la fraîcheur, et je lui expose ce pourquoi je l’ai fait venir si tard : puisqu’il se met tout le monde dans la poche, je veux qu’il “drague” un pdg pour moi. Avec ses atouts, il va le faire craquer tellement rapidement…
J’accepte évidemment son refus, avant de lui dire qu’il déjeune le lendemain avec ledit bonhomme. Il a donc une quinzaine d’heure pour se renseigner sur la banque en question et continuer le travail commencé par Owen. Peu importe le temps qu’il met, je veux le résultat, puisque s’il réussit, ce sera une récompense en millions, puis plus tard en milliards lorsque le développement se sera poursuivi.
Bien entendu, lui ne le voit pas de la même manière. Le peu d’expérience qu’il a lui permet quand même de savoir ce que pensent les hommes. Il n’est pas stupide et il n’a pas envie qu’un autre que Thomas ait quelques idées en pensant à lui. Mais je me montre convaincant, il n’a rien à faire qui ne lui plaira pas. Son naturel suffira, en plus de se montrer empathique et de mettre en avant ma boîte. Je sais que tout va marcher comme sur des roulettes, je connais mes “amis-ennemis”. Je demande même à Owen de le briefer là-dessus, pour achever de le convaincre. Et je me prends à imaginer, à constater la bonne entente entre les deux, ce qui se passerait entre les deux Duroc et lui si Owen n’avait pas son Carter, et si Valentin était un peu plus ouvert à la notion de multicouple.
Je profite de cette idée pour chercher un plan, sauf que la soudaine envie imaginaire continue de travailler, et je me branle seul jusqu’à éclabousser mon torse. Qu’est-ce que mon imagination était chaude ! Par contre, dans le cas où le rouquin se fait les deux bruns, il n’y a aucune chance qu’il aille ailleurs, vu l’épuisement induit par la satisfaction des hormones des deux mastodontes. Encore une fois, je n’ai aucune chance…
***
Mars
Like a ghost in a ghost town.
C’est la première fois que je visite la serre aménagée par Valentin. A-t-il entendu parler de permaculture ? En tout cas tout est magnifiquement organisé, entre le jardin zen et le fouilli naturel d’une vraie forêt. Le son de la ville est coupée, pour un peu je me crois presque perdu au milieu de nulle part. Dans son monde.
Un jardin entier, sur le toit d’un immeuble. Écrin de verdure protégé de l’extérieur, et surtout par la main verte du jeune jardinier. Au centre, un petit salon confortable, la touche de repos et de douceur; hamac ou canapé, lampes, parasol, même une petite bibliothèque dans un coffre. De quoi passer de délicieux moments seuls ou à plusieurs, calme ou plus actifs. Il y a même un coin de gazon de la taille d’un lit king size, parfait pour une petite partouze… Je soupire, elle n’est absolument pas ici pour ça, je me fais des films.
Mon hôte apparaît, vêtu de ses simples rayures de jours de repos, suivi de son amant et fiancé. Damien et son petit blondinet - que je me ferai bien au passage - ne nous honorent pas de leur présence, trop occupés par l’approche des examen de Matt.
Dans un étrange silence seulement coupé par les pépiements de l’oiseau roux qui me chante les louanges de son oasis de verdure, je ne me sens pas à ma place, comme en trop. Je mange poliment le délicieux goûter, cheesecake et chocolat chaud, avant de m’éclipser. Il serait malvenu de lancer des piques sexuelles, et je suis peu enclin à m’y risquer devant Thomas. Et pour ne pas me laisser aller à trop me remémorer mes échecs, je me lance à fond dans mon travail. De toute façon, j’ai un milliard à obtenir, oui ou non ?
***
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