Frenchies in a New World - Hors série Final : Partie 3
Hors série - La fièvre de l’or
Partie 3
Juin
Aujourd’hui est un grand jour pour moi : après de longues semaines à tout préparer en secret, Valentin m’invite à donner un regard neuf sur les préparatifs de son mariage. Tant de mystères autour de cet évènement, à croire que seuls les intéressés et leurs témoins ont le droit d’être mis dans la confidence.
Aujourd’hui est d’ailleurs le jour de l’essayage final des costumes. Thomas et Damien sont de leur côtés, à dissimuler leur tenues aux yeux de leur copain respectif, tandis que Matt et Valentin les imitent. Je lâche un petit sifflement admiratif lorsque les deux minets sortent des cabines d’essayages. Je sors mon portefeuille :
– Vous êtes trop sex, et chic, je vous paie des boutons de manchettes en or !
Le tailleur n’en perd pas une miette, et propose au rouquin d’essayer son deuxième costume, sur lequel, rien qu’à le voir, je demande à ajouter des boutons de manchette en argent. Il faut bien que je m’investisse un peu dans ce mariage, à défaut de pouvoir épouser le marié.
– Dis, Matt, j’avais jamais fait attention, mais t’es plutôt bien gaulé. Mignon ça oui. Mais là, t’es à croquer…
Je lui fais mon petit sourire pervers, ses joues rougissent. Avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, le rouquin apparaît, indécemment sexy, moulé dans un vêtement qui ne fera pas long feu lorsque Thomas le verra; je me retiens moi-même à grand peine de le lui arracher. Une de mes mains avance d’elle-même pour tâter le corps ferme, souple, et le cul bombé. Je me prends une tape :
– Arrête !
Il retourne se changer, suivi de Matt, et je décide de m’éloigner un peu.
– Nicolas !
Je me retourne; Thomas et Damien, bras croisés, me fixent. Damien a les yeux enflammés, tandis que le brun me regarde d’un air supérieur :
– T’en as pas marre de te faire recaler? Il ne veut pas de toi, c’est tout de même clair. C’est MOI qu’il aime, lâche Thomas, sur un ton moqueur et en même temps amoureux.
Je n’ai pas le temps de répondre que Damien défend aussi son mec :
– Tiens toi éloigné de mon chéri. J’ai pas intérêt à te reprendre à lui faire les yeux doux, je me répèterai pas. S’il avait envie d’un autre, il me le dirait, mais ce serait certainement pas un mec qui couche partout qui l’intéresserait.
– Et avant que tu dises quoi que ce soit, et même si Valentin te le demande ou t’as envoyé une carte, par politesse… ne viens pas à mon mariage. Je veux pas t’y voir, ajoute Thomas.
Je ne réponds rien et baisse la tête. Jamais je n’ai eu si mal, même la rupture avec le rouquin ne m’avait pas tant affectée - j’ai toujours espéré le ravoir. Là, mes propres amis m’ostracisent. Je me sens rejeté comme jamais.
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Rien.
Damien regarde son blondinet qui vient de poser la question, lui prend la main, et propose d’aller déguster une glace. Les deux autres suivent, tandis que je m’efface. Quitte à ne pas être convié aux festivités, autant avoir une bonne excuse. Le Japon me paraît une bonne opportunité pour trouver de nouveaux clients…
***
Juillet
Comment se fait-il que Valentin se débrouille toujours pour engager des mecs aussi canons que lui, et surtout des canons qui ne s’intéressent pas à moi? Après Owen en gestionnaire de la comptabilité, un certain Charlie, bi et actif, dans le box des avocats, en voilà un deuxième, stagiaire cette fois : un étudiant, du nom de Steve. Lorsque je l’ai vu, je me suis senti comme le loup de Tex Avery; est-ce possible d’être si attirant? Je le verrais bien à mes côtés, afin de former le couple le plus sexy des Etats-Unis. Mais je n’ai jamais rencontré un mec si frigide, à croire que le sexe ne l’intéresse pas.
– Monsieur Argen, n’oubliez pas, devant le juge vous devez faire en sorte de relever tous les points qui indiquent que votre ex est dérangé. Même si ce n’est pas vrai. De ce que vous nous avez dit, il n’aimera pas être dénigré et perdra son calme.
Je soupire. Pourquoi n’a-t-il pas voulu me laisser tranquille? Il n’a quand même pas sérieusement cru pouvoir entacher ma réputation? Un énorme contrat va être signé par le rouquin, ce procès n’est qu’un léger contretemps. Entre Steve, le “captain America” châtain - surnom soufflé par Valentin et qui est resté entre nous - et le rouquin, notre défense a été trouvée à une vitesse incroyable. J’aurais presque pu ne pas interrompre ses vacances et par la même occasion sa Lune de Miel, mais dans la panique j’avais besoin de mes soutiens.
Enfin, panique… surtout incompréhension : pour une fois que j’avoue en face à un mec ce que je pense de lui, et que j’annonce en même temps la rupture, je ne vois pas en quoi il peut me reprocher quoi que ce soit ! Surtout que pour une fois, je n’étais pas le plus gros salaud dans l’histoire.
L’audience est lancée, et une fois de plus, on voit de quel côté est la justice. Le juge me traite avec déférence, tandis que le plan marche comme sur des roulettes. Plus encore , quand la petite salope coupe la parole à son avocat pour réclamer, avec une vulgarité, ma “grosse bite juteuse” qui n’a “pas d’égale”. Merci de flatter mon égo mais c’est non ! A la limite, un des jurés m’intéresse davantage - et semble disposé à vérifier les dires de mon ex infernal. De plaignant et victime, il devient coupable à se montrer comme le tordu qu’il est, manipulateur et dérangé. Il m’aura fallu du temps pour remarquer son masque! Je n’avais jamais vu un tel délire paranoïaque. Au moins, moi je suis vraiment un beau con, mais je ne m’en cache pas…
***
Décembre
Que de choses se sont passées en une année ! Voilà que mon père s’est rendu compte que Valentin est mon meilleur employé, et il veut le mettre à la porte malgré tout. Je n’ai jamais été si gêné de toute ma vie. On ne pourrait qu’être fier de ma réussite ! J’ouvre même une succursale française! Mais non, il faut que mon paternel vienne tout gâcher, comme toujours.
Pourtant, bien qu’il y ait eu quelques mois troubles, notamment à cause d’un léger crack boursier, si nous en sommes là aujourd’hui, c’est grâce au travail incroyable de chacun de mes collaborateurs.
J’imagine que le principal intéressé n’est pas dérangé outre mesure par ce renvoi; désormais, il a un mari mannequin, des shootings à surveiller, ce n’est qu’un coup de pouce pour le faire partir ! Jamais il n’aurait démissionné, il est trop loyal. Par contre, son licenciement va coûter à mon père un sacré paquet de fric - ce n’est certainement pas moi qui vais payer pour ses erreurs et ses mauvaises décisions.
Je m’excuse une fois encore en levant mon verre, attablé loin des coqueluches du jour, entouré par la fine fleur de la ménagère de moins de cinquante ans. Qui aurait cru que mon modèle paternel existe aussi - et ce n’est pas forcément une bonne chose - chez les femmes? Je parie ma chemise que deux des quatre à ma table trompent leur mari avec des amants de mon âge; rien qu’à voir avec quels yeux gourmands elles me dévorent, je le devine. Pauvres maris ! Ou pas, s’ils savent où aller trouver du réconfort...
Certains diront que c’est la vie. D’autres, et c’est de famille, ne sauront jamais se satisfaire de ce qu’ils ont - ou n’ont pas - au point de toujours en vouloir plus. L’expansion de ma société en est la preuve. Je soupire; mes amis se lèvent, deux couples aussi beaux l’un que l’autre. Mes espoirs sont perdus à jamais depuis le mariage du rouquin. Est-ce si grave, puisque je ne sais pas me limiter à un mec? Mon secrétaire l’a bien compris…
Je quitte discrètement ma place et rejoins ma Lamborghini Veneno rouge pétante. Ma sortie est un peu moins discrète, mais je retrouve le bijou mécanique dans lequel je suis si bien. Sur les petits chemins de la Provence, sans rien d’autre à penser que les courbes sinueuses de la route, je me sens libre. Libre de toute obligation, de ma famille, de l’argent, et de tout ce qui fait de ma vie un exemple parfaitement horrible du système capitaliste - certes réussi, mais poussé à son paroxysme de déchéance humaine.
Un arbre aux fleurs rouges me ramène quelques secondes à mes tristes pensées : jusqu'à la fin de ma vie, dans mon cœur j'aurais le regret de cet amour vrai qui ne s'est jamais concrétisé. Mais comme chaque chose - comme le temps lui-même - tout n’est que passager.
***
FIN?
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